Pessa'h 5765 à Vilna
en Lithuanie


De droite a gauche Chneour Lubecki (Paris, France), Yakov Leef (Detroit, Michigan),
Mendy Brename (New York City) et Berel Zaklikofsy (Detroit, Michigan)...


A droite la maison du Gaon de Vilna au milieu le monument du Gaon
et à gauche la synagogue du Gaon qui contenait 2.000 personnes...


La Matsevah (pierre tombale) de 70.000 juifs assassinés par les Nazis...

 


L'emplacement des 70.000 juifs enterrés...


au musée de la Shoah. : photos des juifs de Vilna assassinés par les Nazis...

 

 

Vilnius - Vilna 2005

Dans le cadre du Merkaz Chli’hout, 4 jeunes gens ont été envoyés pour organiser un Séder communautaire dans plusieurs endroits en Lithuanie. Ce petit pays nordique, coincé entre la Pologne et la Russie abrite une importante communauté juive qui tente de se restructurer après la dévastation qu’a semée la Shoah. Celle-ci est encore malheureusement très présente dans les cœurs et dans les paysages.

Qui voyage à Vilnius ?
Dans l’avion, il y avait des enfants de survivants : que ce soit d’Amérique ou d’Argentine, ils viennent se recueillir sur les tombes des parents – quand il y en a! – ou auprès des maisons natales et des synagogues.

Il y a aussi beaucoup d’hommes d’affaires : comme les salaires sont très bas, on peut investir facilement.
Dans l’avion, on parlait surtout l’anglais mais aussi l’espagnol, l’allemand, le russe et un mélange de lithuanien et de polonais…
Il n’y a pas besoin de visa pour les Européens mais l’euro n’est pas encore la monnaie nationale.

Qui sont les Juifs qui habitent à Vilnius ?
Ce sont tous des survivants ! Les Juifs aiment à se retrouver pour reformer une grande famille. Alors que le souvenir de la Shoah est encore très fort, les Juifs se sentent menacés par un sentiment diffus de haine qui se lit sur les visages de leurs voisins…

Le mouvement ‘Habad Loubavitch s’occupe de la synagogue de Vilna et Rav Chalom Dov Ber Krinsky, émissaire du Rabbi, est devenu le grand Rabbin de Lithuanie. Son rôle consiste à prendre complètement en charge les problèmes de la communauté : que ce soit sur le plan cultuel (mariages, enterrements, offices religieux), social (l’aide alimentaire est absolument vitale dans les pays de l’est !) ou éducatif (écoles, mouvements de jeunesse, colonies de vacances etc…)
Il est aidé par des philanthropes américains et des touristes qui, après l’avoir vu à l’œuvre, ont désiré alléger ses problèmes financiers. Ils sont heureux de savoir que la vie juive renaît dans le pays de leurs ancêtres…

La pauvreté est visible. On voit que les gens ne mangent pas à leur faim ; une petite pièce de monnaie représente beaucoup pour eux. Ils économisent l’électricité : certains arrêtent le moteur à chaque feu rouge pour ne pas dépenser trop d’essence. De nombreux mendiants tendent la main dans la rue et c’est bouleversant.
Les Juifs parlent le Yiddish.

Comment se sont passés les préparatifs de Pessa’h ?
Des milliers de paquets de Matsots ont été acheminés d’Israël ainsi que des bougies, ou d’Amérique. Il y avait du jus de raisin de France. Il est à souligner qu’un Juif de Paris, pourtant lui-même pas particulièrement aisé, sachant que je partais à Vilna, a tenu à me remettre des dizaines de paquets de Matsots et de gâteaux (bien entendu cachères Le Pessa’h) pour que je les distribue aux Juifs de Vilna. Qu’il soit remercié et béni car ces provisions représentaient pour eux un trésor !

Sur place, l’un d’entre nous a procédé à l’abattage rituel de poulets ainsi qu’à leur cachérisation (eh oui, il faut savoir tout faire quand on part en mission pour aider d’autres Juifs !).

Des Etats-Unis, nous avons aussi reçu de la charcuterie et du gefilte fish. De Russie, nous avons obtenu du vin cachère (très fort !). Les Haggadot provenaient de Russie : de Moscou, les Loubavitchs envoient des Haggadot pour tous les pays de l’est. Les bougies venaient d’Israël. Nous avons préparé les salades sur place dans la vaisselle des années précédentes que le Rav Krinsky avait stockée.

Comment se sont passés les Sedarim ?
Rav Krinsky avait organisé 5 Sedarim dans plusieurs endroits de Lithuanie. Au total, ce sont 800 personnes qui ont pu participer, beaucoup d’entre eux pour le première fois de leur vie !

A Kovno, l’ambassadeur du Canada, qui est juif, était descendu dans un certain hôtel. Il a aperçu deux jeunes gens apparemment Loubavitch et a compris qu’ils organisaient justement un Séder communautaire dans son hôtel ! Il a remarqué en souriant : « Les Loubavitch ont toujours tenté de me persuader d’accomplir des Mitsvots. Mais je suis touché de vous voir ici et je participerai à votre Séder pour cinq minutes ! ». De fait, il est resté toute la soirée…

L’ambiance était très différente de celle de la maison ! Les gens étaient heureux de pouvoir chanter des vieux chants en Yiddish : Oïe von Priperchik, Toumbalaïla ainsi que, bien sûr, Ma Nichtana et tous les chants de la Haggada.

Nous avons raconté l’histoire de la Sortie d’Egypte. J’ai raconté comment mon grand père – que sa mémoire soit bénie – avait réussi, à Auschwitz ! à cuire une minuscule Matsa…

Les Juifs étaient bien sûrs contents de se retrouver ensemble et de manger un vrai repas dans un hôtel luxueux (selon les critères de là-bas !). Les enfants ont eu droit à un Séder pour eux, avec des moniteurs et monitrices venus spécialement des Etats-Unis, d’Israël et d’Europe.

A Kovno, nous avons réussi à organiser un Minyane pendant les trois premiers jours de Pessa’h dans une synagogue - ou plutôt un « Schtiebel » -construit avec les Matsévot (pierres tombales) récupérées après que des voyous les aient vandalisées. C’est dire combien l’antisémitisme est toujours présent !

Il est important de noter que le gouvernement commence enfin à rendre aux communautés juives les synagogues et autres bâtiments qui avaient été spoliés pendant la guerre et sous l’époque communiste ! Ce n’est que justice !

Qu’y a-t-il à visiter en Lithuanie ?
Bien entendu, nous avons visité le ghetto et nous avons pu admirer la statue de Rabbi Eliahou, le fameux Gaone de Vilna : elle se tient entre sa maison et sa synagogue où priaient chaque Chabbat 2000 personnes ! Il vécut à l’époque de Napoléon et – lehavdil ! – de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, l’auteur du Tanya et du Choul’hane Arou’h Harav. Célèbre pour son érudition dans tous les domaines de la Torah, il a rédigé plusieurs livres et a fondé ce qui devint plus tard le système de pensée litvak, c’est-à-dire lithuanien, basé sur la rigueur de l’interprétation talmudique.

A 70 km de l’endroit où nous étions, se trouvait la ville de Poniovitzi : c’est là que fut fondée la célèbre Yechiva de Poniovitch qui s’installa après la guerre à Bné Brak, en Israël.

Nous avons aussi visité le Mémorial de la Shoah, le fameux Panecio Mémorial : on y voit des photos atroces du martyre de nos ancêtres. Sur une photo, on voit des Nazis qui, pour se réchauffer, avaient allumé un feu : entre les piles de bois, ils avaient ligoté des Juifs encore vivants…Dans ce musée, on trouve aussi des objets tels que les balles tirées par les Nazis, les fouets et les ceinturons garnis de munitions avec lesquels ils ont frappé à mort des milliers de Juifs innocents…Devant le musée se dresse une statue du fameux consul japonais qui avait fourni des milliers de faux papiers et de visas qui ont permis à des communautés entières d’échapper au massacre.

Dans une forêt, nous avons vu trois immenses cercles : en dessous, sont enterrés, les uns sur les autres, 70.000 ( !!!) Juifs, hommes femmes et enfants ! Ce sont eux-mêmes qui ont été obligés de creuser ces tombes collectives et ils ont été abattus l’un après l’autre avec une seule balle. Certains ont parait-il été enterrés vivants !

A l’entrée de la clairière, il y a un monument avec une inscription en yiddish et en hébreu pour rappeler leur martyre. Il est important de rappeler tout cela et de constater combien les dégâts sont encore omniprésents aujourd’hui. A nous d’agir avec vigilance pour que cela ne se reproduise plus jamais !