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Dans
le cadre du Merkaz Chli’hout, 4 jeunes gens ont été
envoyés pour organiser un Séder communautaire dans
plusieurs endroits en Lithuanie. Ce petit pays nordique, coincé
entre la Pologne et la Russie abrite une importante communauté
juive qui tente de se restructurer après la dévastation
qu’a semée la Shoah. Celle-ci est encore malheureusement
très présente dans les cœurs et dans les paysages.
Qui
voyage à Vilnius ?
Dans l’avion,
il y avait des enfants de survivants : que ce soit d’Amérique
ou d’Argentine, ils viennent se recueillir sur les tombes
des parents – quand il y en a! – ou auprès
des maisons natales et des synagogues.
Il y a aussi
beaucoup d’hommes d’affaires : comme les salaires
sont très bas, on peut investir facilement.
Dans l’avion,
on parlait surtout l’anglais mais aussi l’espagnol,
l’allemand, le russe et un mélange de lithuanien
et de polonais…
Il n’y
a pas besoin de visa pour les Européens mais l’euro
n’est pas encore la monnaie nationale.
Qui
sont les Juifs qui habitent à Vilnius ?
Ce
sont tous des survivants ! Les Juifs aiment à se retrouver
pour reformer une grande famille. Alors que le souvenir de la
Shoah est encore très fort, les Juifs se sentent menacés
par un sentiment diffus de haine qui se lit sur les visages de
leurs voisins…
Le mouvement ‘Habad Loubavitch s’occupe de la synagogue
de Vilna et Rav Chalom Dov Ber Krinsky, émissaire du Rabbi,
est devenu le grand Rabbin de Lithuanie. Son rôle consiste
à prendre complètement en charge les problèmes
de la communauté : que ce soit sur le plan cultuel (mariages,
enterrements, offices religieux), social (l’aide alimentaire
est absolument vitale dans les pays de l’est !) ou éducatif
(écoles, mouvements de jeunesse, colonies de vacances etc…)
Il est aidé
par des philanthropes américains et des touristes qui,
après l’avoir vu à l’œuvre, ont
désiré alléger ses problèmes financiers.
Ils sont heureux de savoir que la vie juive renaît dans
le pays de leurs ancêtres…
La pauvreté est visible. On voit que les gens ne mangent
pas à leur faim ; une petite pièce de monnaie représente
beaucoup pour eux. Ils économisent l’électricité
: certains arrêtent le moteur à chaque feu rouge
pour ne pas dépenser trop d’essence. De nombreux
mendiants tendent la main dans la rue et c’est bouleversant.
Les Juifs parlent
le Yiddish.
Comment
se sont passés les préparatifs de Pessa’h
?
Des milliers
de paquets de Matsots ont été acheminés d’Israël
ainsi que des bougies, ou d’Amérique. Il y avait
du jus de raisin de France. Il est à souligner qu’un
Juif de Paris, pourtant lui-même pas particulièrement
aisé, sachant que je partais à Vilna, a tenu à
me remettre des dizaines de paquets de Matsots et de gâteaux
(bien entendu cachères Le Pessa’h) pour que je les
distribue aux Juifs de Vilna. Qu’il soit remercié
et béni car ces provisions représentaient pour eux
un trésor !
Sur place, l’un d’entre nous a procédé
à l’abattage rituel de poulets ainsi qu’à
leur cachérisation (eh oui, il faut savoir tout faire quand
on part en mission pour aider d’autres Juifs !).
Des Etats-Unis, nous avons aussi reçu de la charcuterie
et du gefilte fish. De Russie, nous avons obtenu du vin cachère
(très fort !). Les Haggadot provenaient de Russie : de
Moscou, les Loubavitchs envoient des Haggadot pour tous les pays
de l’est. Les bougies venaient d’Israël. Nous
avons préparé les salades sur place dans la vaisselle
des années précédentes que le Rav Krinsky
avait stockée.
Comment
se sont passés les Sedarim ?
Rav Krinsky
avait organisé 5 Sedarim dans plusieurs endroits de Lithuanie.
Au total, ce sont 800 personnes qui ont pu participer, beaucoup
d’entre eux pour le première fois de leur vie !
A Kovno, l’ambassadeur du Canada, qui est juif, était
descendu dans un certain hôtel. Il a aperçu deux
jeunes gens apparemment Loubavitch et a compris qu’ils organisaient
justement un Séder communautaire dans son hôtel !
Il a remarqué en souriant : « Les Loubavitch ont
toujours tenté de me persuader d’accomplir des Mitsvots.
Mais je suis touché de vous voir ici et je participerai
à votre Séder pour cinq minutes ! ». De fait,
il est resté toute la soirée…
L’ambiance était très différente de
celle de la maison ! Les gens étaient heureux de pouvoir
chanter des vieux chants en Yiddish : Oïe von Priperchik,
Toumbalaïla ainsi que, bien sûr, Ma Nichtana et tous
les chants de la Haggada.
Nous avons raconté l’histoire de la Sortie d’Egypte.
J’ai raconté comment mon grand père –
que sa mémoire soit bénie – avait réussi,
à Auschwitz ! à cuire une minuscule Matsa…
Les Juifs étaient bien sûrs contents de se retrouver
ensemble et de manger un vrai repas dans un hôtel luxueux
(selon les critères de là-bas !). Les enfants ont
eu droit à un Séder pour eux, avec des moniteurs
et monitrices venus spécialement des Etats-Unis, d’Israël
et d’Europe.
A Kovno, nous avons réussi à organiser un Minyane
pendant les trois premiers jours de Pessa’h dans une synagogue
- ou plutôt un « Schtiebel » -construit avec
les Matsévot (pierres tombales) récupérées
après que des voyous les aient vandalisées. C’est
dire combien l’antisémitisme est toujours présent
!
Il est important de noter que le gouvernement commence enfin à
rendre aux communautés juives les synagogues et autres
bâtiments qui avaient été spoliés pendant
la guerre et sous l’époque communiste ! Ce n’est
que justice !
Qu’y
a-t-il à visiter en Lithuanie ?
Bien entendu,
nous avons visité le ghetto et nous avons pu admirer la
statue de Rabbi Eliahou, le fameux Gaone de Vilna : elle se tient
entre sa maison et sa synagogue où priaient chaque Chabbat
2000 personnes ! Il vécut à l’époque
de Napoléon et – lehavdil ! – de Rabbi Chnéour
Zalman de Lyadi, l’auteur du Tanya et du Choul’hane
Arou’h Harav. Célèbre pour son érudition
dans tous les domaines de la Torah, il a rédigé
plusieurs livres et a fondé ce qui devint plus tard le
système de pensée litvak, c’est-à-dire
lithuanien, basé sur la rigueur de l’interprétation
talmudique.
A 70 km de l’endroit où nous étions, se trouvait
la ville de Poniovitzi : c’est là que fut fondée
la célèbre Yechiva de Poniovitch qui s’installa
après la guerre à Bné Brak, en Israël.
Nous avons aussi visité le Mémorial de la Shoah,
le fameux Panecio Mémorial : on y voit des photos atroces
du martyre de nos ancêtres. Sur une photo, on voit des Nazis
qui, pour se réchauffer, avaient allumé un feu :
entre les piles de bois, ils avaient ligoté des Juifs encore
vivants…Dans ce musée, on trouve aussi des objets
tels que les balles tirées par les Nazis, les fouets et
les ceinturons garnis de munitions avec lesquels ils ont frappé
à mort des milliers de Juifs innocents…Devant le
musée se dresse une statue du fameux consul japonais qui
avait fourni des milliers de faux papiers et de visas qui ont
permis à des communautés entières d’échapper
au massacre.
Dans une forêt, nous avons vu trois immenses cercles : en
dessous, sont enterrés, les uns sur les autres, 70.000
( !!!) Juifs, hommes femmes et enfants ! Ce sont eux-mêmes
qui ont été obligés de creuser ces tombes
collectives et ils ont été abattus l’un après
l’autre avec une seule balle. Certains ont parait-il été
enterrés vivants !
A l’entrée de la clairière, il y a un monument
avec une inscription en yiddish et en hébreu pour rappeler
leur martyre. Il est important de rappeler tout cela et de constater
combien les dégâts sont encore omniprésents
aujourd’hui. A nous d’agir avec vigilance pour que
cela ne se reproduise plus jamais !
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